Entretien avec Abdelhamid Benyahia, Expert Blockchain au sein de La Javaness, publié dans le Magazine Assurance & Banque 2.0

Depuis 2015, la blockchain semble avoir le vent en poupe. Pour mieux comprendre pourquoi ainsi que les cas d’application, nous avons poussé la porte d’un accélérateur de Start-up pour en discuter avec un de ses experts qui accompagne les entreprises dans la prise en compte de cette technologie dans leur process. De la monnaie utilisée par des criminels à la révolution introduite dans l’univers très feutré des tiers de confiance, Abdelhamid Benyahia analyse le pourquoi d’un tel regain de notoriété. « En promettant de mieux garantir le monde des transactions, cette technologie est promise à un bel avenir », observe-t-il.

Rencontre.

Assurance & Banque 2.0 : C’est reparti. Après les Big data, le monde, toutes industries comprises, s’est emparé de la fièvre de la blockchain. Comment expliquer une telle frénésie ? Est-elle justifiée?

Abdelhamid Benyahia : Tout est parti exactement le 31 octobre 2015, avec la sortie d’un article dans « The Economist » intitulé « Blockchain, the trust machine ». Ce papier a mis en évidence cette technologie comme capable de révolutionner le monde des tiers de confiance dont font partie les banques et les assurances. Cette architecture à laquelle était adossée le bitcoin retrouvait du même coup sa dimension révolutionnaire édulcorée du fait d’être historiquement au service d’une monnaie prétendue financer la criminalité. Toutes les professions, à l’affût de la moindre innovation capable de leur conférer un avantage compétitif, ont décidé de se l’approprier. L’assurance et la banque engagées dans la transformation digitale estiment pouvoir capitaliser sur les atouts de cette technologie pour optimiser différents processus qui l’étaient moins jusque-là.

Assurance & Banque 2.0 : des cas concrets ? :

Abdelhamid Benyahia : dans l’assurance, qui fonctionne sur la base des données, l’un des enjeux est de les sécuriser. C’est notamment le cas des mutuelles décentralisées. La communauté garde le pouvoir tandis que les données sont sécurisées par la blockchain. Les décisions sont prises de manière collective. Elle pourrait ainsi couper l’herbe sous le pied des grands assureurs en proposant de nouveaux services. C’est le cas de quelques startups Blockchain qui vont même jusqu’à proposer une assurance chômage sur la Blockchain à l’image de Dynamis App. Au vu du potentiel dont regorge cette innovation, les assureurs et les banques ont décidé d’unir leurs forces. Les acteurs traditionnels ont tout intérêt à en savoir plus sur la technologie mais surtout explorer les différents cas d’usage au risque de voir naître prochainement des services concurrents et à forte valeur ajoutée. Dans cette logique sont nés sont nés des premiers consortiums par profession. Leur objectif est de réfléchir sur les cas d’usage plausibles.

Assurance & Banque 2.0 : quels sont les grands domaines dans lesquels la blockchain peut trouver un champ d’application ?

Abdelhamid Benyahia : quatre terrains sont ainsi concernés dans le monde de l’assurance. Il s’agit par exemple de l’identification numérique ainsi que le calcul du scoring ; elle touche également le domaine de l’espace dont elle bouleverse la logique. Du fait de son caractère distribué, les assureurs n’ont plus besoin d’avoir des représentants locaux ; à cela s’ajoute la gestion du temps à travers l’usage des Smart contract : grâce à la blockchain, un protocole peut automatiquement vérifier les termes d’un contrat et l’exécuter tout en traçant dans le temps tous les événements associés. Enfin, cette technologie facilite la gestion de l’exécution de l’assurance mutualisée (peer to peer). Un exemple, Wekeep est une idée d’assurance décentralisée et autogérée par sa communauté.

Assurance & Banque 2.0 : quel usage voyez-vous dans le monde de la banque ?

Abdelhamid Benyahia : bien qu’il existe de nombreux cas d’usage blockchain appliqués au monde de la banque, on parle beaucoup du transfert d’argent afin de réduire le temps des transactions à quelques secondes, mais également les coûts. Des start-ups comme Abra, par exemple, s’inscrivent dans cette logique avec une proposition de valeur forte : transférer de l’argent à l’autre bout du monde en quelques secondes et à moindre coût.

Assurance & Banque 2.0 : Où en est économiquement la blockchain sur le terrain ?

Abdelhamid Benyahia : actuellement, deux grandes blockchain ont prouvé leur capacité à conduire des projets sur le terrain : d’un côté, l’architecture du bitcoin est très solide. Elle pèse en moyenne 10 Milliards de $. Certes elle présente encore quelques limites comme le nombre de transaction par seconde.

En revanche, sa communauté étant de plus en plus importante, elle prend de la valeur et est la plus sécurisée. De l’autre côté, la blockchain Ethereum est comme un super ordinateur permettant de rapidement construire des applications décentralisées. Elle pèse 1 milliard de $ en matière de Market Cap. Là où la blockchain bitcoin est davantage utilisée dans le transfert d’assets, Ethereum va plus encore loin dans la création d’applications décentralisées via des smart contrats.

Assurance & Banque 2.0 : certaines entreprises lancent des versions de blockchains spécifiques. Comment l’expliquez- vous ?

Abdelhamid Benyahia : il s’agit de répondre aux besoins particuliers de certaines entreprises qui veulent bénéficier de davantage de confidentialité ou palier au caractère immuable de la blockchain. Toutefois, pour de nombreux acteurs cela va à l’encontre des principes de la blockchain. Ainsi, des solutions comme Zcash sont lancées afin d’apporter davantage de confidentialité tout en passant par une blockchain publique.

 

Entretien réalisée par le magazine Assurance & Banque 2.0